La Yogini et le gilet jaune

Un professeur de Yoga est une personne zen à plein temps. Ou c’est l’image que l’on s’en fait. Il est indéniable que le Yoga aide à garder un mental clair, à rester calme et à éviter que les chaos de la vie nous emportent dans leur tourmente.

Je vais donc tenter ici de ne pas trop casser cette image idyllique. Et je vais aborder la question du jour.

Je ne peux que parler de ma propre expérience et de ce que je connais personnellement. Alors voici mon histoire pour expliquer le pourquoi du gilet jaune étalé et bien visible dans ma voiture, et donc les raisons de mon soutien à ce mouvement citoyen pacifiste des gens comme moi qui en ont assez.

Ceci en restant totalement zen.

Je vais comparer deux systèmes: l’auto-entreprise en Australie, “sole trader” qui était mon statut professionnel dans ce pays où je vivais et y enseignais le Yoga, et le même statut qui est le mien actuellement ici en France. Je ne citerai que des faits. Loin de moi l’envie ou l’intention de rentrer dans un débat.

En Australie: l’ouverture de l’auto-entreprise se fait en quelques clics sur internet.

Partout dans le pays existent des “business centers” -qui correspondent à peu près à nos Chambres de Commerce- financés essentiellement par les Gouvernements fédéraux. Ces centres sont à la disposition des petits et moyens entrepreneurs pour les aider à s’installer, à bien démarrer leur entreprise, les accompagner pour des projets spécifiques, les informer, leur offrir des conseils.

Des cours, ateliers et stages sont donc organisés régulièrement et à travers un de ces centres, j’ai appris à faire un site internet, l’utilisation des réseaux sociaux, le basique du marketing, un peu de comptabilité etc. Le personnel de ces centres est à la disposition des entrepreneurs pour répondre à toutes leurs questions et pour les aider. Ces services sont gratuits.

Oui. Tout ceci existe en ce bas monde et fonctionne parfaitement. Je continue.

On ne paie d’impôts que lorsqu’un certain seuil de revenus nets est atteint. Il est en effet considéré qu’en-deça de ce seuil l’entrepreneur ne peut pas subvenir à ses besoins fondamentaux, à savoir se nourrir, payer son loyer, ses factures d’électricité, d’eau, gaz etc. Toutes les dépenses afférentes audit business sont déductibles.

Les gouvernants ont tout à fait compris que les petits entrepreneurs font vivre la communauté et participent au développement de l’économie locale et donc au développement du pays. Tout est fait pour les aider à devenir plus performants. D’ailleurs, si ce n’était pas le cas, lesdits gouvernants seraient immédiatement remerciés.

En France: l’ouverture de l’auto-entreprise se fait également en quelques clics.

Rien n’est fait pour aider l’entrepreneur. J’ai cherché et je n’ai rien trouvé. Ce qui me paraissait intéressant était payant.

Le moindre centime de revenus est immédiatement taxé grosso modo de 25%. Rien n’est déductible.

Je paie une taxe foncière d’entreprise car j’occupe 30cm sur une table de cuisine pour y placer l’ordinateur sur lequel je tape en ce moment même. Cette taxe foncière vient de doubler car mon chiffre d’affaires a très légèrement augmenté. J’eusse souhaité vraiment que mon CA ait également doublé et que l’espace occupé sur ma table de cuisine se soit allongé à 60 cm.

Hallucinant n’est-il pas.

Avec de telles conditions qui ne visent en aucun cas à aider, soutenir, encourager à réussir – de toute évidence c’est tout le contraire – il n’est pas étonnant que l’on se retrouve ici dans la survie, et non dans la vie. Il n’est pas étonnant que nombre de petites structures mettent la clef sous la porte. Il n’est pas étonnant que nombre de jeunes fuient le pays pour aller s’installer ailleurs etc etc etc.

Pour conclure, j’ai vraiment envie de dire que le système est pourri. Mais je reste zen en disant simplement que ça ne va pas du tout, que tout est à revoir. Parce qu’après tout, il suffirait de copier un système qui fonctionne et qu’on se demande vraiment pourquoi ce n’est pas le cas.

Voilà donc la raison de la présence du gilet jaune derrière mon pare-brise.

Cependant, il n’est pas du tout dans mon programme de perdre ma zénitude. Chaque jour, je me recentre, je m’ancre, je respire sur mon tapis et j’aide toutes les personnes qui veulent faire de même.

Une chose est sûre, je serai toujours là pour elles.

Donc je vous dis à très bientôt sur le tapis mes chers Yogis.

Amicalement,

 

 

 

 

PS: le gilet… c’est aussi parce qu’il y a quelques jours sur mon marché local, j’ai vu une personne âgée qui choisissait (entre deux) LA tête d’ail la moins chère car elle n’avait pas suffisamment d’argent. De l’ail! Là, j’ai eu envie de pleurer.

 

 

 

 

 

 

 

 

La yogini et ses courbatures

Le 23 juin dernier, je m’envolais pour l’Indonésie pour un séjour de trois semaines à Ubud (Bali), un des berceaux du Yoga dans cette partie du monde. Au programme: cinq jours de vacances, suivis d’une formation de “Yoga Therapeutics”, fusion entre Hatha Yoga et Médecine Traditionnelle Chinoise, et plus particulièrement le système des cinq éléments et ses méridiens.
Le 24, je m’installe dans ma bulle, le Yoga Barn.  Endroit magique où les Yogis de tous horizons et de toutes les nationalités se côtoient joyeusement. Les cours de Yoga s’enchaînent de 7 à 21h dans 8 studios. On y boit de l’eau de coco fraîche, on y mange bio, frais et sain. Un véritable paradis yogique.


Le temps de retrouver mes marques (je connais l’endroit), de m’acclimater à nouveau à l’environnement tropical de l’hémisphère sud, de me délecter d’être élève à nouveau (que c’est bon!), de pratiquer une détox “jus” de trois jours, et la formation débute déjà.

Levée à 5h30. A 6h15, choix d’une noix de coco. Son eau m’assure parfaite hydratation et apport des minéraux nécessaires (bye les crampes). A 6h30, j’installe mon tapis. De 7 à 9h, cours pratique de Yoga Therapeutics. Le programme se déroule sur toute la journée jusqu’à 19h. Retour dans ma chambre à 19h30. Je révise mes notes jusque vers 23h.
Les journées passent vite. Très vite. L’intensité est telle qu’au bout de trois jours, j’ai des courbatures. Je ne suis pas la seule. Tous les stagiaires sont courbaturés. Cela me rassure… Beaucoup d’entre eux sont plus jeunes – ahahah.
Notre formatrice Tina, nous guide dans les postures. “Bord interne du pied fermement ancré dans le sol, inspir à partir du gros orteil tout le long interne de la jambe jusque dans le bassin. Expir dans le hara”. “Fermez les yeux, sentez”. Toute l’attention et la concentration sont en alerte, entièrement présentes à la respiration. ‘La douleur est mentale’ nous dit-elle.
“Oui. MAIS….” répond mon mental.

* * *

Les formations de ce type, avant tout réservées à des professeurs de Yoga ou à des pratiquants très assidus, requièrent une préparation en amont à laquelle nous avons été invités par les formateurs. Logiquement, nous sommes prêts.
Sauf que. Préparée, je suis. Mais courbatures, j’ai.

* * *

Alors que je me raccroche désespérément à ma respiration, mon mental (inférieur) blablate (du verbe blablater). Très bavard, il me raconte ses “je ne peux pas”, “c’est dur”,  “vraiment trop dur”, “j’ai mal”, “impossible”, “mais qu’est ce que je fais là”, “ce n’est pas pour moi”, “tout ceci n’est plus de mon âge”, “je vais m’écrouler”, “je vais me blesser”, “je ne sens rien du tout, sauf mes courbatures”.  Partisan du moindre effort, il se plaint, se complaît dans la négativité et idéalise les croyances erronées. Les pensées défilent. A la vitesse de la lumière, je me vois au bord de l’apoplexie, ou obligée – devant mes pairs – de sauter les escaliers très nombreux du Yoga Barn car mes quadriceps, fessiers, mollets sont en feu. Pire, je me vois un tendon arraché, à l’hôpital, aux urgences. En Indonésie. Immobilisée pendant des semaines. Comment vais-je joindre l’assurance de ma CB? Le volcan Adung crache du feu en ce moment. C’est certain, l’aéroport sera fermé à mon départ.
Au milieu de ce chaos mental, je me souviens que je respire. Je respire. Je me recentre sur ma respiration. Le blabla mental s’atténue. Bientôt, je ne l’entends plus. A nouveau dans mon corps, toutes mes cellules respirent. L’inconfort devient alors confortable. Les brûlures musculaires disparaissent. Les postures s’enchaînent. Bientôt c’est la fin du cours. Etalée dans Savasana (posture de relaxation). Le mental complètement apaisé, le bien-être est total.
C’est sans doute cela le bonheur.

* * *

Pendant les cours de Yoga, nous apprenons ou ré-apprenons à respirer et nous nous entraînons à être présent à cette respiration. Elle nous permet de revenir encore et encore à notre corps et à tous ses ressentis. Sans forcer quoi que ce soit, cette pratique ancestrale, naturelle, simple, sans coût, nous aide à ne pas nous perdre dans le chaos mental quotidien et les tempêtes de la vie.
Très facilement. Très simplement.
A très bientôt sur le tapis.
De YogiAnne à YogiVous,

Le chat et la yogini

Chaque jour pendant plusieurs années j’empruntais un ferry pour me rendre au travail. Chaque jour je remerciais pour la beauté et la magnificence qui s’offraient à mes yeux: la baie de Sydney.

A force de remercier, la vie offre des cadeaux.

Je vivais alors au rez de chaussée d’un petit immeuble entouré d’arbres et de verdure. Un jour que je rentrais chez moi, j’aperçois un chat. Il me voit, me jauge, disparaît. Le lendemain, je suis devant ma porte d’entrée. Il apparaît, ronronne, se frotte à mes mollets. Je demande à mes voisins mais ce chat ne semble appartenir à personne. Il traîne dans et autour de l’immeuble depuis quelque temps déjà. Le jour suivant, le chat est là. Je lui ouvre la porte. Il fait le tour de l’appartement, mange et sort par le balcon pour disparaître dans la verdure. Même scénario les deux jours suivants. Le troisième jour, il reste.

Mais le Chat est-il un môsieur ou une dame? PetiteChat, féminin yin associé au masculin yang, lui sied à merveille. PetiteChat donc est joueur, chasseur, guerrier, plein de vie. Il rapporte fièrement ses trophés sur le balcon. Il garde férocement son territoire, fait face en poussant des miaulements de bête sauvage au ‘gros chat noir’ d’à côté.

A chat exceptionnel, nourriture exceptionnelle. Les meilleures croquettes du monde, de marque canadienne, bio bien entendu, ainsi qu’un joli panier tout douillet sont choisis pour la bête. PetiteChat s’installe dans ma vie. Les mois se suivent. Un jour je remarque qu’il ne se tient pas bien sur ses pattes arrières. Quelque chose ne va pas. Le vétérinaire local ne trouve cependant rien d’anormal.

Un voyage urgent vers la France m’oblige à le confier à Sandra, gérante d’une “Cattery” où les chats sont rois. Elle vérifie la nourriture apportée et c’est alors qu’elle révèle le scandale. Un lot entier de croquettes canadiennes a subi une erreur humaine d’irradiation à l’entrée du pays (nota: toutes les denrées alimentaires sont irradiées aux frontières). Un taux anormal de rayons entraînant une réaction chimique à l’intérieur des paquets a empoisonné les croquettes. Les chats atteints, meurent ou restent paralysés. Elle promet de s’occuper de PetiteChat du mieux qu’elle peut pendant mes trois semaines d’absence.

Au retour, c’est Anthony, le lanceur d’alerte au sujet des croquettes incriminées et vétérinaire hors norme, qui va s’occuper de PetiteChat. Dans sa boîte à outils magique, outre l’acupuncture, il utilise des plantes, des compléments alimentaires et beaucoup d’amour. L’état de PetiteChat empire d’abord et il se paralyse de plus en plus. Mais il mange. Ses yeux pétillent. Il a décidé de se battre et je le suis dans son combat. Après des semaines de traitement, Anthony parvient à le sauver mais dans la bataille, PetiteChat perd l’usage de ses pattes arrières.

S’ensuit une période de réapprentissage de la vie et d’une nouvelle façon de se mouvoir.

Le système immunitaire grièvement atteint, PetiteChat reste fragile. Dans les mois et années qui suivent, il manque de perdre la vie à plusieurs reprises. Lors d’un épisode pendant lequel son petit corps semble le lâcher à nouveau, je lui montre les arbres, la verdure, je lui dis que c’est ok, il peut partir, passer de l’autre côté du voile. Là, il pourra courir, chasser, et être le guerrier qu’il est, en toute liberté. Il me grogne dessus. PetiteChat refuse toujours de partir.

Le guerrier chasseur est devenu dépendant, peureux, mais tellement plein d’amour. Je le surveille. Je le soigne de façon constante. Je reste près de lui des nuits entières parfois. J’utilise la magie des huiles essentielles, je le nourris avec de la nourriture vraie (et non un succédanné). J’admire la ténacité de cette petite bestiole, son courage et sa capacité à s’adapter à ses nouvelles circonstances de vie.

Le temps passe. Ma vie prend soudain un nouveau tournant. Je dois partir. Je vais quitter ma petite bestiole d’amour. Impossible de l’emmener. Sa santé ne lui permet pas de supporter un si long voyage. Je lui parle. Je lui explique. Le jour de mon départ, comme un fou il miaule près de la porte. Mon coeur se brise. Le coffre de ma voiture se ferme mystérieusement à clef à trois reprises alors que j’essaie d’y déposer mes affaires.

Je pars.

Je sais qu’il ne restera pas.

Sept jours plus tard, PetiteChat perd sa dernière bataille.

Le lendemain, sur un présentoir de cartes en tous genres, je trouve cette carte (ci-dessus).

Je n’ai jamais eu aucun doute: PetiteChat m’avait choisi. Un de mes plus grands professeurs, il m’a enseigné la compassion, l’empathie, la patience. Il m’a fait travailler et développer d’arrache-pied mon intuition. C’est en le soignant que j’ai pris la décision de changer de cap professionnel dans ma vie.

* * *

J’ai toujours aimé les animaux. Ceux qui me connaissent depuis l’enfance se souviennent peut-être de La Mésange Bleue, petite association SPA locale que j’avais créée pour la défense des animaux. Mais PetiteChat m’a fait franchir un autre cap. Il m’a fait comprendre que les animaux ne sont en fait qu’une race différente de la nôtre, et non des êtres inférieurs. Ils ne parlent pas certes, mais ils communiquent différemment, par télépathie, donc à un niveau que nous ne sommes pas capables d’atteindre. Nous avons tant à apprendre d’eux.

La paix sur cette planète ne sera possible que lorsque l’humanité entière cessera la violence y compris les tueries animales. Tous les grands Maîtres le disent. Cependant, la façon dont nous traitons et tuons les animaux est déplorable, lamentable, honteuse. Il ne s’agit plus de rejeter la faute ou la responsabilité sur les gouvernements – qui ne font que refléter la conscience collective de leur peuple ceci dit – ou sur l’industrie agroalimentaire, la culture, la gastronomie. Bref, sur les autres.

Il ne s’agit plus de remettre à plus tard quand justement, il sera trop tard.

Changer sa perspective, regarder, voir, penser sous un autre angle ne sont possible qu’en élevant sa conscience en douceur. C’est dans cette douceur et cette compassion que l’on peut instaurer le changement.

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En début de cours, je demande régulièrement aux élèves de choisir une situation qui les préoccupe ou les gêne. “Regardez la sous tous les angles, sentez tout ce qu’il y a à sentir. Sans jugement, sans attachement, restez spectateur”. Suivent les respirations, les postures, la relaxation. A nouveau la situation choisie est passée en revue en fin de cours. Des sourires apparaissent sur les lèvres. Le Yoga a fait son travail. Le mental calmé s’est ouvert. De nouvelles perspectives, et donc le changement, sont possibles.

C’est la magie du Yoga.

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Gratitude à l’Univers pour ce cadeau que fut PetiteChat dans ma vie. Gratitude PetiteChat, tu as été un de mes plus grand professeur.

 

PS: oui, c’était bien un Môsieur!

 

A bientôt chers Yogis et Yoginis, sur le tapis!